AUX CITOYENS INDIGNES
DE GRÈCE ET D’EUROPE
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Nous
n'avons pas l'habitude de publier des appels et des textes trop
conjoncturels mais toute règle connait, par principe, ses entorses.
Dans le cas présent, il est clair que le mouvement populaire qui se
développe en Grèce dans le silence assourdissant de nos grands
médias, et qui fait suite à des mouvements comparables dans
d'autres pays de la Méditerrannée et de l'Europe atlantique, sans
oublier la grave crise que traverse la Hongrie et les pays baltes,
rend la publication de ce texte nécessaire. Parce qu'il résume une
situation et un point de vue absents de la plupart des grands médias
occidentaux et que le devoir de pluralisme nous amène à présenter
ce point de vue en espérant pouvoir l'appuyer à l'avenir sur des
études plus approfondies permettant de replacer le cas grec dans son
contexte mondialisé. Ainsi d'ailleurs que dans celui de ladite
« construction européenne » à laquelle les auteurs font
d'ailleurs référence. Ce qui peut soulever des interrogations de
certains d'entre nous qui penchent pour voir dans ce processus même
non pas un remède mais une des causes des crises en cours. Question
qui mérite elle-aussi d'être débattue de façon approfondie et
sérieuse. D'autant plus que les événements de l'année en cours
semblent montrer que l'unité de la Méditerrannée au niveau des
peuples est peut-être en fin de compte plus enracinée que ladite
« conscience européenne ». A examiner en tout cas.
La
situation de la Grèce ayant été présentée de façon
caricaturale, il faut, par soucis, pédagogique, donner l'occasion de
présenter quelques principes fondamentaux et leur argumentaire. Ce
que nous faisons ici.
La Rédaction
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AUX CITOYENS INDIGNES
DE GRÈCE ET D’EUROPE*
- Mai 2011 -
Comité
Consultatif du Mouvement de Citoyens Indépendants. « L’
Etincelle » (*)
« Nous saluons les
dizaines de milliers, voire les centaines de milliers de nos
concitoyens, jeunes pour la plupart, qui se sont rassemblés sur les
places de toutes les grandes villes (NDLR. de Grèce)
pour manifester leur indignation à l’occasion de la commémoration
du mémorandum (Accord cadre signé entre le gouvernement grec, l’UE,
le FMI et la BCE, en mai 2010 et « rénové » depuis
regulièrement), demandant le départ du gouvernement de la Honte et
de tout le personnel politique qui a géré le bien public,
détruisant, pillant et asservissant la Grèce. La place de tous ces
individus n’est pas au Parlement, mais en prison.
Nous saluons les
premières Assemblées générales qui se déroulent dans les centres
de nos villes et la démocratie immédiate que s’efforce de
découvrir le mouvement inédit de notre jeunesse. Nous saluons les
travailleurs de la fonction publique qui ont entrepris
manifestations, grèves et occupations pour défendre un Etat qui,
plutôt que le démantèlement prévu par le FMI, a désespérément
besoin d’une amélioration et d’une réforme radicales. Par leurs
mobilisations, les travailleurs de l’Hellenic Postbank, de
la Régie nationale d’électricité et de la Société publique de
loterie et de paris sportifs défendent le patrimoine du peuple grec
qu’entendent piller les banques étrangères, par le truchement de
leur gouvernement fantoche à Athènes.
Le pacifisme exemplaire
de ces manifestations a démontré que lorsque la police et les
agents provocateurs ne reçoivent pas l’ordre d’intervenir, le
sang ne coule pas. Nous appelons les policiers grecs à ne pas être
les instruments des forces obscures qui tenteront certainement, à un
moment donné, de réprimer dans le sang les jeunes et les
travailleurs. Leur place, leur devoir et leur intérêt est d’être
aux côtés du peuple grec, des protestations et des revendications
pacifiques de celui-ci, aux côtés de la Grèce et non des forces
obscures qui dictent leur politique au gouvernement actuel.
Un an après le vote du
mémorandum, tout semble attester son échec. Après cette
expérience, on ne peut plus s’autoriser la moindre illusion. La
voie qu’a empruntée et continue de suivre le gouvernement, sous la
tutelle des banques et des instances étrangères, de Goldman
Sachs et de ses employés européens, mènent la Grèce à la
catastrophe. Il est impératif que cela cesse immédiatement, il est
impératif qu’ils partent immédiatement. Jour après jour, leurs
pratiques révèlent leur dangerosité pour le pays. Il est étonnant
que le procureur général ne soit pas encore intervenu contre le
Ministre de l’Economie et des Finances, après les récentes
déclarations tenues par ce dernier sur l’imminence de la faillite
et l’absence de ressources budgétaires. Pourquoi n’est-il pas
intervenu suite aux déclarations du président de la Fédération
des patrons de l’industrie et de la Commissaire européenne grecque
Mari Damanaki sur une sortie de l’euro ? Pourquoi n’est-il
pas intervenu contre le terrorisme de masse avec lequel un
gouvernement en faillite, sous le diktat de la Troïka
[UE - FMI - BCE], tente une nouvelle de fois d’extorquer le peuple
grec ? Par leur catastrophisme, leurs allusions tragiques et
tout ce qu’ils inventent et déblatèrent pour effrayer les Grecs,
ils ont réussi à humilier le pays dans le monde entier et à le
mener réellement au bord de la faillite. Si un chef d’entreprise
s’exprimait de la même façon que le fait le Premier ministre et
ses ministres lorsque ils parlent de la Grèce, il se retrouverait
immédiatement derrière les barreaux pour malversation grave.
Nous nous adressons aussi
aux peuples européens. Notre combat n’est pas seulement celui de
la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et
démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils
prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. Ne croyez-pas
les mensonges grossiers et absurdes de journaux compromis qui veulent
vous convaincre que le problème est dû soi-disant à la paresse des
Grecs alors que, d’après les données de l’Institut statistique
européen, ceux-ci travaillent plus que tous les autres Européens !
Les travailleurs ne sont
pas responsables de la crise ; le capitalisme financier et les
politiciens à sa botte sont ceux qui l’ont provoquée et qui
l’exploitent. Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce »
aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui,
par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur
solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise
actuelle.
Il n’y a pas d’autre
solution qu’une restructuration radicale de la dette, en Grèce,
mais aussi dans toute l’Europe. Il est impensable que les banques
et les détenteurs de capitaux responsables de la crise actuelle ne
déboursent pas un centime pour réparer les dommages qu’ils ont
causés. Il ne faut pas que les banquiers constituent la seule
profession sécurisée de la planète !
Il n’y pas d’autre
solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen,
conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de
stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme
doté d’un contrôle drastique de la Finance. Si les Etats ne
s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en
même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation
européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé
les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas autoriser
aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à
extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont-elles-mêmes
générées sous forme de dettes. Comment peut-on proposer un ancien
collaborateur de la Goldman Sachs pour diriger la Banque
centrale européenne ? De quelle sorte de gouvernements, de
quelle sorte de politiciens disposons-nous en Europe ?
Nous ne vous demandons
pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre
territoire a été le berceau de Platon et Aristote, Périclès et
Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe.
Nous ne vous demandons pas un traitement de faveur parce que nous
avons subi, en tant que pays, l’une des pires catastrophes
européennes dans les annees 1940 et que nous avons lutté de facon
exemplaire pour que le fascisme ne s’installe pas sur le continent.
Nous vous demandons de le
faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le
sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole
sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre
tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés
européennes. Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous
sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ;
une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son
histoire, de ses luttes et de son esprit. Résistez au totalitarisme
des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant
en Tiers-Monde, qui monte les peuples européens les uns contre les
autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du
fascisme. »
Le Comité Consultatif du Mouvement de
Citoyens Indépendants. « L’ Etincelle » (*)
Athènes, 26 Mai 2011
(*) Créé a l’initiative de Mikis
Theodorakis
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