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                                                            Roumanie : ce qui reste du communisme...



Depuis 1989, le démantèlement du camp soviétique a entraîné une campagne mondiale de délégitimation du communisme, du socialisme scientifique. Campagne qui a assez rapidement visé à criminaliser non seulement le régime disparu mais l'idée même d'alternative au capitalisme. Dans ce contexte, les anciens pays socialistes, dont les élites dirigeantes étaient pour la plupart passées du jour au lendemain d'une légitimité se voulant socialiste au credo néolibéral, sont devenus le terrain d'expérimentation des projets sociaux conformes à ce nouveau dogme et poussés à leur extrême. Et c'est de ces pays que proviennent aujourd'hui les tentatives de criminaliser juridiquement les fondements mêmes du socialisme, en particulier par le biais des institutions de l'Union européenne. Mais simultanément, les effets sociaux du démantèlement de « l'État-providence » se font sentir avec une acuité particulière dans cette partie de l'Europe, provoquant un sentiment de rejet de plus en plus prononcé de la part des populations appauvries. La criminalisation du « communisme » devient dans ce contexte un outil visant à « sécuriser » par la censure les pouvoirs établis. Dans cet article, un de nos collègue roumain analyse les camouflages que recouvre ce discours officiel sur la base de l'exemple de la Roumanie, et, en partant d'une réflexion anticapitaliste renouvelée, redessine ce que pourrait être, à l'échelle internationale, une nouvelle voie vers une alternative qu'il n'hésite pas à nommer de nouveau « communiste ».

La Rédaction




                   ____Par Alexandru Polgàr * ___



               ____Août 2009____

                                            





« C’est dans l’essence de la question que se tient son possible reste […]. »

« […] Ce qui < eût dû advenir à l’existence > retient une forme de survivance et un certain mode à être où précisément l’étant de l’élément agit seul en apparence ».

Constantin Noica, Le Sentiment roumain de l’être.





Préface destinée à un lecteur étranger[1]

 

Lorsque j’étais en train de traduire en anglais mon propre travail (une malédiction dont aucun auteur ne devrait faire l’expérience), il arrivait que j’avançais des arguments parfois illisibles pour un lecteur peu familier avec certains événements spécifiques à la politique roumaine. C’est pourquoi, afin de les éclairer, me suis-je senti obligé d’en rédiger un brève introduction.


J’ai commencé à rédiger cet article au mois de décembre 2007, un an après le discours du Président de la République roumaine, Traian Basescu, qui condamnait dans un style boursouflé le communisme en s’appuyant sur un rapport pompeux de 600 pages, intitulé « rapport scientifique » et concocté par un comité ad hoc placé sous l’égide de la Présidence[2]. En 2007, le Rapport est publié à Bucarest, aux éditions Humanitas en tant que rapport final de la « Commission présidentielle pour l’analyse de la dictature communiste en Roumanie », sous la direction de Messieurs Vladimir Tismaneanu, Dorin Dobrincu, Cristian Vasile. Le discours du président avait été précédé et suivi par un intense renouveau d’anticommunisme dans les débats publics roumains, et officialisait non seulement la condamnation morale des crimes et des meurtres commis par la dictature communiste en Roumanie, mais appelait à l’excommunication de toute forme de communisme, et plus encore, bannissait les insignes du mouvement communiste international, la faucille et le marteau… À l’évidence, le problème ne tient pas à ce symbole, bien que la « faucille et le marteau » ne soient point la svastika (laquelle ne devrait pas plus être bannie, car seuls le nazisme et le fascisme méritent à proprement parler le bannissement avec les politiques semblables qui défendent le meurtre en tant que principe et programme politiques). Aussi, le problème revient-il à la prohibition du communisme. Sur ce thème, le Président suit les directives formulées dans le  Rapport, lequel ne condamne pas uniquement la dictature communiste roumaine, mais encore le communisme comme totalité ; non seulement le communisme danssa Realpolitik, mais le communisme comme projet politique, comme théorie critique (ou théories), comme idéologie (idéologies), comme accomplissements sociaux dont certains furent plutôt remarquables, etc.

Pour prouver ce que j’avance, je traduis ici la phrase qui ouvre le Rapport : « Le communisme qui prétendait être une nouvelle civilisation (sic !) supérieure au capitalisme, et auquel il s’est opposé avec force, força des centaines de millions de personnes à vivre dans un univers clos, répressif et humiliant. » Comme si les quelques milliers d’années de l’histoire de l’homme occidental, avait été pour les mêmes millions de gens une garden-party ! Trois phrases plus loin on y lit toujours : « Le communisme a été une vision utopique, ancrée dans le rêve d’une abolition de la propriété privée avec pour but la construction d’un univers fondé sur une égalité absolue, et ceci à n’importe quel prix. » Et plus encore, vers la fin de l’introduction on peut y lire encore : « Aujourd’hui, plus que jamais auparavant, la condamnation du communisme est une obligation morale, intellectuelle, politique et sociale. » Aussi faudrait-il être aveugle pour ne pas voir que la « dictature communiste en Roumanie » n’est pas le seul objet du Rapport, mais que, bien au-delà, son enjeu est le communisme tout court en sa généralité.


Ceci soulève la question suivante : comment pourrait-on combattre le capitalisme en écartant totalement la division de la production entre un pôle capitaliste et un pôle prolétarien, tout autant que la vie sociale engendrée par cette division même, en évitant simultanément de faire référence au communisme, c’est-à-dire à un crime potentiel qui doit être toujours condamné d’un point de vue « moral, intellectuel, politique et social »? Repousser les moyens mis en œuvre par le communisme revient, de fait, à écarter l’extrême gauche anticapitaliste, et bien d’autres choses qui sont plus encore inquiétantes, comme par exemple la liberté de paroles, non pas de iure, bien évidemment, car il faut conserver les apparences, mais à coup sûr de facto dès lors que la majorité des canaux de communication (journaux, revues, programmes de télévision, etc.) propagent l’anticommunisme. J’avance cela afin de montrer que l’anticommunisme est douteux du point vu démocratique (la doctrine politique officielle de la Roumanie), et, manifestement plus encore, lorsqu’on l’envisage d’un point de vue communiste. Ce sont les questions dont je débattrai dans le contexte local roumain, mais aussi sur le fond de la crise globale et générale de la gauche. Quant aux intentions qui dirigent ce texte, son style et sa tonalité, elles ne sont pas fondamentalement ancrées dans l’académisme universitaire, quoique, dans le cours de cette invitation à reconsidérer en ses principes le communisme, je ne puisse point dissimuler la formation de philosophe que m’a délivrée l’alma mater.


J’ajouterai quelques remarques à propos de la religion qui viennent du fait que pendant la décennie écoulée, l’Église orthodoxe roumaine a développé toujours plus intensément son inclination à se présenter et à agir comme la religion de l’État avec, par exemple, l’omniprésence d’icônes dans les salles de classe des écoles publiques. Pour comprendre la signification profonde de cette situation, il convient de rappeler que c’était précisément à partir de la religion orthodoxe que la version roumaine du fascisme (La Légion de l’archange Michel) avait établi la base de ses principes. On parle peu de cet aspect des choses dans un pays si prompt par ailleurs à réparer l’injustice « morale, intellectuelle, politique et sociale » engendrée par les crimes du passé communiste.


Bien qu’agnostique, je ne suis pas opposé à la religion en tant que telle, mais je continue à penser qu’entremêler de cette manière religion et éducation publique, c’est-à-dire institutionnaliser au cœur de l’action de l’État (en l’espèce l’enseignement national) une conception religieuse du monde, manifeste un signe renaissant d’autoritarisme. Et ceci apparaît bien être le cas puisque, à coup sûr, ce n’est pas l’effet du hasard si la majorité des courants de pensée roumains prônant l’anticommunisme se montrent simultanément des chrétiens opiniâtres et, plus encore, des orthodoxes acharnés. De fait, le problème qui se pose avec l’Église orthodoxe ne se situe pas dans sa doctrine officielle, mais dans les pratiques de sa présence effective, en particulier là où elle ne devrait pas se trouver : dans les écoles, pendant les réunions et les fêtes officielles, au Parlement où, sous le blason national et un grand écran, une énorme croix est exposée afin de protéger la moralité politique. Toi, lecteur occidental ne ris pas de cela sans te rappeler que le célèbre immeuble de Berlaimont où se trouve le siège central de la Commission européenne, est réellement construit sous la forme d’une croix[3] ! Et nous savons tous, ou nous devrions le savoir, que l’idée de condamner le communisme a été formulée pour la première fois au cours d’une séance du Parlement européen pour être finalement votée le 12 avril 2009. À ces remarques, nous pouvons ajouter les récentes allusions au communisme du Président Obama lors de son discours inaugural où le « spectre » communiste uni à celui du fascisme – toujours ensemble communisme et fascisme (sic !) – y sont un cocktail qui doit être toujours combattu. J’ai avancé cela simplement pour rappeler que le problème débattu dans les pages qui suivent est loin de se réduire à la seule Roumanie, aux sordides particularités des « Balkans arriérés », comme malheureusement je crains que nombre de mes amis et collègues occidentaux, même parmi les progressistes, tendent à le penser. En Europe de l’Est on n’a pas peur de cela, et l’histoire que je vais à présent vous conter est familière à la majorité d’entre nous.


Voilà les faits et, à l’évidence, j’aborde déjà le début de leur interprétation. Mais qui donc sur notre Terre peut composer une liste de faits sans les interpréter, c’est-à-dire les penser ? Pour oser avancer cette prétendue « objectivité » il faut être soit journaliste, soit politicien ou pis, spécialiste patenté… 

***

 

Le service rendu à la lutte révolutionnaire par l’establishment roumain est tout à fait remarquable, en argumentant avec acharnement afin de nous convaincre que dorénavant le « spectre » est enfermé dans un passé d’où plus aucun spectre ne pourra jamais revenir. Aussi, les nouvelles vagues d’anticommunisme nous aident-elles à maintenir vivant le débat de principe concernant le communisme.


On nous dit que la lutte de classe, comme l’exploitation, ces présupposés du « spectre », sont faux et, plus encore, qu’ils n’ont plus rien à voir avec le monde présent. Sans partager cette vision, il serait cependant difficile de la dénier sans qu’auparavant on clarifie, même brièvement, ce que fut ou ne fut pas le communisme. Toutefois, quelle que soit la manière de justifier cet espoir, nul ne peut ignorer que ce travail de clarification n’est pas fondé et ne peut s’appuyer sur une assise neutre.


Présentement, quelque soit l’effort qu’on entreprenne pour élucider le « spectre », il doit être obligatoirement subordonné à un impératif moral : condamner le communisme. Toutefois une difficulté logique de présente ici. Comme chacun peut le remarquer, le fondement d’une telle condamnation consiste en un impératif moral dont l’origine est à chercher dans le christianisme (« Tu ne tueras point ! ») ou dans la démocratie moderne (« liberté individuelle », « élections libres », etc.). Lorsque le communisme est condamné – divisé de manière pseudo-analytique entre une « idéologie » (la théorie de la lutte de classe) et une « réalité » (« le socialisme qui a réellement existé ») – on lui reproche, entre autre chose, sa nature inconditionnellement criminelle. Ainsi on nous dit : l’idéologie communiste, toujours et de manière nécessaire, engendre la réalité meurtrière des expériences du socialisme réel. Cette manière de raisonner paraît correcte, parce qu’elle résulterait d’observations empiriques. Néanmoins, le caractère fallacieux de ce raisonnement se révèle au moment où nous essayons de l’appliquer aux jugements politico-historiques du christianisme et des démocraties représentatives.


Si nous regardons par exemple des phénomènes comme les croisades, l’inquisition, la colonisation, les révolutions démocratiques fondatrices des sociétés modernes ou les guerres mondiales comme événements ayant appliqué les deux « idéologies » appelées « chrétienté » et « démocratie » – ce que, précisément, le précédent ne manqua pas d’être car il convient toujours de rappeler aux lecteurs que, par exemple, en 1933, la prise de pouvoir par le NSDAP en Allemagne eut lieu après des élections libres et sans fraude ! –, nous serons surpris de découvrir qu’un nombre égal sinon supérieur de cadavres a été produit au nom des principes permettant la condamnation du meurtre en général que ceux engendrés par le communisme. Et encore pour ne rien dire des guerres qui présentement se placent sous le drapeau de principes identiques.


Comment donc, en voulant maintenir une consistance certaine à nos raisonnements, pourrions-nous ignorer qu’une position fondée sur un moralisme absolu qui condamne le communisme tout court (en-soi), détruit simultanément ses propres bases, étant pour lors logiquement obligée de condamner de manière identique les meurtres commis en son nom ? Une telle posture ne transforme-t-elle pas la condamnation morale exclusive du communisme en quelque chose de fort douteux… et donc « condamnable » ? En outre, si, pour une complète clarté de cet aperçu nous remarquons que ni le christianisme ni la démocratie ne produisent uniquement des meurtres, alors il nous faut convenir que la même « idéologie » n’implique pas toujours la même « réalité ». Pourquoi ne pas concéder la même possibilité au communisme ? Après tout, le communisme ne suggère pas l’éradication de bourgeois en tant que personne, mais celle de la bourgeoisie et du prolétariat en tant que relation socio-économique opprimante et aliénante. C’est pourquoi il n’y a rien de criminel dans l’« idéologie communiste » en-soi, comme il n’y a rien, stricto sensu, de criminel dans le christianisme et la démocratie. Dès lors, sans jamais rejeter la condamnation des meurtres en général, on perçoit clairement jusqu’où nous pouvons condamner certains aspects du communisme, son côté supposé « réellement existant » (« la dictature communiste en Roumanie », par exemple), sans pour autant l’absoudre du point de vue d’une morale relative à la condamnation des présentes démocraties et des divers aspects du christianisme dans leurs formes « réellement existantes ».


Si nous procédions autrement, le moralisme absolu bloquerait, de fait, la possibilité d’énoncer n’importe quel jugement moral (relatif et absolu), nous laissant démunis face à une pure impossibilité logique, plus encore dans une quasi incapacité de juger.

 

Le mélange du moralisme, de la science et du dogme

 

Il n’est pas besoin d’une clairvoyance particulière pour comprendre que pour nous citoyens roumains, c’est précisément cette impossibilité logique qui a dirigé l’écriture de notre histoire après décembre 1989, quand nous commençâmes à régler les comptes avec notre passé (qui comme toujours, est un règlement de comptes avec le présent), plongés dans la bouillie logiquement intenable mêlant un moralisme absolu (la condamnation morale générale du communisme) et un moralisme relatif (la condamnation précise des crimes commis par la dictature communiste en Roumanie). Nous eussions attendu qu’un rapport scientifique sur le communisme roumain, loin d’ignorer ce paradoxe moral, eût, en revanche, comme première priorité de la part de chercheurs recrutés à cette fin, celle de nous expliquer le communisme. Et le plus surprenant tient au fait que la clarification exigée repose sur des opérations logiques très élémentaires, très facilement accessible à n’importe qui, pour autant que cette personne n’ignore point les particularités de ce que le communisme, la chrétienté et la démocratie furent et sont encore. Au lieu de s’atteler à cette clarification, le rapport scientifique et la condamnation officielle renvoient le discours anticommuniste roumain vers une toute autre direction : la transformation de l’impossible en un canon. Éclatant comme des bourgeons après 1989, dans un style et des formes bien connues (témoignages, archives, livres programmatiques, articles, essais, dénonciations, programmes éditoriaux de certains magazines culturels et de nouveaux musées dédiés à la terreur communiste comme celui de Sighet, etc.), l’anticommunisme post-révolutionnaire arriva pour prétendre, aujourd’hui et pour la première fois, se donner une forme canonique à ses directives selon lesquelles toute activité de recherche qui ne condamne pas le communisme sous toutes ses expressions – que ce soit une théorie, une idéologie, une réalité, ou plusieurs théories, plusieurs idéologies, plusieurs réalités, parce qu’elles possèdent un fond commun : le mal absolu –, s’identifie nécessairement à ses crimes, équivalents en ce sens aux crimes fascistes.


Nous sommes d’accord sur le principe que la condamnation des dictatures par des peuples qui se considèrent démocrates ne soulève pas de problèmes logiques particuliers. Ceci souligné, il est pour le moins surprenant que ce qui semble être valide pour la dictature communiste en Roumanie (et par une extension erronée, pour le communisme tout simplement) ne semble pas, par ailleurs, l’être pour le (néo) légionarisme (version roumaine du fascisme). De nos jours, les anciens membres de la Légion de l’Archange Michel[4], doctrinaires anticommunistes, sont célébrés comme des héros nationaux, tandis que le néo-légionarisme prospère sans trop de scrupules, avec son idéologie et sa vision programmatique, une sorte de substitut nationaliste à la doctrine officielle de l’Église orthodoxe roumaine (orthodoxisme). Cette situation signifie que ce n’est pas l’autoritarisme et les crimes en général qui sont condamnés en tant qu’actes moralement et politiquement méprisables, mais seulement ceux estampillés « communistes ». C’est pourquoi nous ne nous trompons pas lorsque nous affirmons que nos démocrates les plus fermes ne sont que des démocrates travaillant dans la partialité. Voilà qui soulève de sérieux doutes quant aux qualités démocratiques et d’équité dès lors qu’ils prononcent une condamnation officielle du communisme, et ce en dépit de sa signification dans le champ d’une Realpolitik officiellement capitaliste.


Plus surprenant encore, le fait que des démocrates possédant une solide formation en logique et en philosophie rejoignent le camp de la « condamnation ». Ceci nous montre, et de manière toujours plus précise, que la logique travaillant derrière la condamnation du communisme n’est en rien animée d’un souci démocratique. Quelle logique est donc à l’œuvre ? À l’évidence, la logique du pouvoir. L’anticommunisme n’est rien de moins qu’une arme symbolique pointée sur ce qui est présentement l’ennemi le plus puissant, le parti héritier du parti communiste dont le nom, parti social-démocrate (PSD), représente tout autant un mensonge que celui du parti démocrate (PD), rebaptisé à présent parti démocrate-libéral (PD-L,) et qui a constitué une alliance de gouvernement avec son ennemi, le PSD ! Alleluia ! Voilà ce qu’a fini par devenir l’anticommunisme en tant qu’obligation « morale, intellectuelle, politique et sociale » sacrée. Ce n’est à coup sûr ni la première ni la dernière fois que des idées nobles et justes, comme par exemple vouloir comprendre le devenir historique et politique du dénommé régime communiste roumain, sont transformées en une supercherie de masse.


Ce qui est ici plus embarrassant lorsque nous ne reculons point devant cette chaîne de perplexités, c’est le ralliement massif de la presse intellectuelle et de certains quotidiens au programme visant à condamner sans appel le communisme. Si des revues comme Dilema, 22, Observator cultural, etc., plus des quotidiens portant des noms aussi retentissants ­– Adevàrul, La vérité (!), România liberà, La Roumanie libre (!) – se contentent seulement de reprendre et disséminer la condamnation du communisme, il est là un bien mauvais présage pour la pensée critique démocratique. Voilà qui prouve non seulement la servilité des intellectuels organiques et leur promptitude à se vendre aux politiciens au pouvoir (je ne commente pas ici leurs qualités intellectuelles !), mais aussi la censure d’une expression publique pour tous ceux qui ont des vues différentes. Expression publique dont on constate aisément qu’elle décroît sans cesse, quand elle n’est pas simplement prohibée. Nul n’a besoin d’être un « communiste rétrograde » (par ailleurs un parfait oxymoron !) pour y déceler la catastrophe de la démocratie. Dans le style du clientélisme du pays, il n’y a aucune importance à dire qu’il existerait quelque chose comme la « liberté de parole », car, en tant qu’abstraction légale, la liberté de parole seule ne peut résister au déferlement des vagues d’anticommunistes professionnels ou occasionnels. Cette marginalisation des voix dissidentes dans l’espace public a un nom : Kulturkampf. Appliqué à l’origine par Bismarck à l’encontre des catholiques polonais, ce terme est très facilement transposable pour décrire l’isolation, la ségrégation, la domestication et, finalement, l’annihilation, d’une entité politico-culturelle. Dans le cas qui m’occupe, la Roumanie, une entité qui pourrait être nommée la critique de l’anticommunisme si elle arrivait à exister de manière un peu plus visible. Toutefois, nous devons être plus précis : la culture de guerre anticommuniste a été introduite, et si l’on veut, présentée comme « naturelle », grâce à une monumentalisation de l’interdiction : la proscription symbolique de réfléchir à propos du communisme avec des instruments et des références autres que ceux fournis par l’anticommunisme officiel du moment présent. Il s’agit, de fait, d’un authentique tabou, à propos duquel le trop petit nombre de ceux qui sont intéressés par la cohérence d’une position démocratique, pourrait croire que celle-ci aurait sa place en fonction d’un esprit de pure justice.


La critique de l’anticommunisme – comment faire ? Est-elle possible ? Comment pourrions-nous penser à une telle option ? Personne ne songera à remarquer la grossière redondance dans le fait même de condamner le communisme aujourd’hui ? En définitive, que fut « 1989 » sinon une condamnation du communisme ? Et non seulement le condamner avec des mots depuis l’estrade des bateleurs comme cela se fit au mois de décembre 2006, mais avec des manifestations de masse dont certaines firent face aux fusils chargés de l’armée ! Justement « 1989 » (quel qu’il fut, en partie manipulé ou non) exempte présentement tous les inquisiteurs culturels et politiques autoproclamés l’ultime autorité morale, de démontrer (autrement qu’avec de creuses tirades) combien leurs convictions furent fortes. Une force, ne l’oublions point, que bien peu ont manifesté quand le régime communiste régnait en maître ou même, immédiatement après son renversement. A-t-il lutté notre actuel président (Tràian Bàsescu) pendant les premières années de sa carrière politique commencée avec le FNS[5] pour imposer une condamnation présidentielle du communisme ? S’abstenir en ce temps a été pour lui une manière d’agir plus adéquate. Ce n’est pas la chose la plus scandaleuse que seize ans après la Révolution de 1989, il existe un groupe qui veut capitaliser à son profit exclusif la « condamnation du communisme », transformant ainsi ce moment politique fort en un soap opera national : de bons professeurs d’éthique ne se sont jamais privés de nous en montrer l’exemple. Néanmoins, contre ces derniers, et habités de quelque rigueur morale, ne faudrait-il pas pour nous interroger, et poser ainsi la question : qu’est-ce en fin de compte cet anticommunisme ? Quel est le statut politique du Rapport de la commission présidentielle et de la condamnation ? De la même manière il faudrait demander : quel est leur statut juridique ? Que veulent-ils donc ancrer dans les consciences ces documents ? En jetant un regard plus attentif, j’ai remarqué immédiatement que nous avons affaire certes à un document émanant de l’État, mais à un document rigoureusement inclassable parce qu’il oscille entre l’autorité de l’opinion présidentielle (un personnage au style particulièrement grossier lorsque s’élèvent des opinions contraires) et celle du document fondamental émis par l’État, une sorte d’article additionnel à la Constitution. C’est précisément cette ambiguïté démocratique que les nouvelles vagues du discours anticommuniste en Roumanie recouvrent et maquillent. Toutefois, l’effet politique le plus efficace de la condamnation du communisme c’est d’ouvrir un no man’s land juridico-politique, sans même une seule signification juridico-politique de iure, mais qui arrive à engendrer de facto une criminalisation aléatoire contre ceux qui ont collaboré avec le régime communiste, de telle manière que demeure entre les mains du pouvoir actuel et selon son caprice le droit de décréter qui est coupable et qui ne l’est point. Si ceci est le moindre mal, alors c’est déjà une énormité. Mais le pire des maux serait que n’importe quelle politique de gauche qui chercherait à imposer une justice sociale plus avancée que celle offerte par le parlementarisme actuel (où il n’y a aucune différence entre démocratie et capitalisme) porterait a priori le stigmate officiel du « totalitarisme ».

 

Comment se débarrasser de toute critique sociale

 

Ce qui devrait inquiéter tous les démocrates honnêtes tient au fait qu’un tel diagnostic, si d’aventure il pouvait apparaître ici ou là, serait purement et simplement exorcisé, anéanti dans la presse culturelle de l’« élite » et dans les quotidiens à grands tirages. Un semblable souci civique représente le minimum exigé par une opposition démocratique classique, authentique, idéaliste, voir « naïve », mais « naïve » seulement dans la mesure où la majorité des démocrates officiels d’aujourd’hui se donnent un titre de gloire et d’honneur à moquer et usurper les principes démocratiques. Parce que pour ce type-là de démocrate il ne répugne point à prononcer une condamnation parfaitement vide du communisme, comme si ce dernier présentait aujourd’hui un quelconque danger, mais il oublie, bien évidemment, de dire quoi que ce soit du rappel des morts par des hordes légionnaires qui agissent de concert avec les troupes de popes bénissant nos soucis quotidiens, c’est-à-dire la profonde crise sociale dans laquelle est plongée le pays et son rapport non contingent avec la crise sociale mondiale. Ce sont là tout bonnement de faux démocrates ! Quel excellent paravent représente pour eux le communisme ! Pour eux, aucun des maux sociaux actuels n’est dû au projet politico-social qui consume notre destin social, individuel et collectif, depuis 1989, et donc rien ne peut accuser la démocratie représentative capitaliste puisque tout le mal vient du communisme.

Que peuvent-ils donc faire les hommes de bien qui souhaiteraient opposer au pouvoir politique, économique et symbolique officiel qui nous inonde d’anticommunisme, une réflexion politique éclairée par les relations sociales réelles présentes aujourd’hui en Roumanie ? Quelle possibilité leur est-elle ouverte pour énoncer leurs positions dans le champ de la guerre culturelle anticommuniste qui submerge le pays à travers tous les canaux de la communication ? Il ne leur reste que le marais du réseau d’internet ou les quelques rares revues et journaux à très petit tirage qui ont compris en partie qu’il ne fallait pas abandonner le devoir de maintenir vivante une véritable critique socio-politique. Mais que peuvent-ils tant que la majorité des citoyens sont heureux du lavage de cerveau anticommuniste qui leur est servi quotidiennement ? D’où pourraient-ils se lever le nouveau pôle et la nouvelle force qui résisteraient à l’hypocrisie de l’anticommunisme ? Pour le moment la critique de l’anticommunisme est purement et simplement repoussée sur des positions marginales d’un héroïsme culturalo-politique solitaire, une manière de penser et d’agir qui, au moins, ne trahit pas ce qui fut véritablement révolutionnaire en 1989 : tout simplement, l’espérance en la bonne société.

 

Pourquoi le communisme a existé ?

 

Dès lors n’omettons point que la question pour laquelle nous luttons, peut être placée et maintenue sur le front principal de la guerre culturelle anticommuniste. Question essentielle : pourquoi le communisme a-t-il existé ? Le Rapport de la commission présidentielle parle beaucoup de ceux qui ont installé le communisme et de la manière dont ils l’ont installé pour devenir très vite autoritaire, mais il évite avec précaution la question du pourquoi, insinuant que l’explication de l’émergence du communisme se réduirait au simple désir tyrannique de quelques-uns (Lénine, Staline, Gheorghiu-Dej, Ceauşescu, etc.). Toutefois, depuis qu’Étienne de la Boétie écrivit en 1548 le Discours sur la servitude volontaire, nous ne sommes pas sans savoir, y compris nos « élites » composées d’« experts et de savants », qu’il n’existe pas de tyrannie en-soi. La leçon fondamentale de ce livre (qui reprend de fait un thème platonicien de La République : la tyrannie comme produit de la démagogie populaire démocratique) nous dit que n’importe quelle tyrannie demeure tant qu’il n’y pas résistance (à ce sujet, les paysans de l’Oaş[6] et du Maramureş[7] qui s’opposèrent victorieusement à la collectivisation pourraient conter maintes histoires édifiantes sur ce thème). Autrement dit, si nous prenons au sérieux la condamnation officielle du communisme, alors il faut l’appliquer au peuple dans son immense majorité, y compris aux anticommunistes d’aujourd’hui, tant et si bien que la condamnation se transformera en une auto-condamnation. Ce paradoxe est le pendant d’un autre, plus grave, celui qui touche l’interdiction symbolique de remettre sur le tapis la question du communisme ; de fait, l’interdiction de remettre en cause le régime actuel : à savoir, sa contradiction fondamentale exprimée par le rapport que la commission construit entre un discours démocratique radieux et les relations désastreuses du capitalisme mondialisé, étendu « à partir de maintenant » aussi en Roumanie comme le proclament les annonces publicitaires.


C’est à Karl Marx que revient le mérite d’avoir mis à jour la compréhension prémonitoire logico-politique de cette contradiction fondamentale. Il fut le premier à comprendre que la démocratie libérale moderne – formelle, représentative, parlementaire – omet un phénomène crucial qui exprime les rapports sociaux de pouvoir : la production économique. Ainsi on nous assure que, grâce au vote, tout dépend de nous-mêmes, tandis que simultanément on nous tient éloigné des décisions économiques les plus importantes, celles qui influencent la vie de chacun. C’est pourquoi le parlementarisme capitaliste finit par n’être plus que le paravent de rapports de pouvoir qui échappent de manière structurale au contrôle des citoyens réunis dans un État démocratique représentatif. C’est l’essence de cette situation politico-sociale du capitalisme qui a acheminé l’existence le communisme. Si bien que lors d’analyses démocratiques, le communisme peut apparaître réduit, sans reste, au phénomène totalitaire et, pour cette raison, excommunié de la sainte famille démocratique des pratiques politiques possibles ; or il n’empêche, un reste du communisme demeure qui hante, sous forme de frustrations, la vie quotidienne de tous les travailleurs qu’ils le sachent ou non (oui, je dis travailleurs, et comment faire autrement pour définir ceux qui pour vivre vendent leur travail en échange d’un salaire ?).


Il est très surprenant que d’honnêtes savants sur les questions soulevées par le communisme, comme le prétendent ceux qui ont fait partie de la commission présidentielle, ne disent mot de ce thème. Que doit-on alors penser d’eux et de leur Rapport ? Ils se veulent les Apôtres d’une croyance que personne ne peut accepter sinon avec fanatisme, et parfois même comme croyance religieuse comme l’a récemment démontré l’Église orthodoxe roumaine. Cela en définitive n’a guère d’importance ! Tant que le Président roumain, Tràian Bàsescu, consolide son pouvoir, et que par ailleurs la propagande anticommuniste fait son travail, le Rapport disparaît instantanément de la lumière des projecteurs, et les suggestions du comité sont ignorées par celui dont il facilite l’accession au pouvoir. Pourtant, ce qui continue à exister, silencieusement et malgré le tabou dont il fait l’objet non seulement en Roumanie, c’est le reste du communisme.

 

Comment rendre « naturelles » les inégalités sociales ?

 

Celui qui a fait une fois le voyage entre Londres (Ontario, Canada) et Chicago (États-Unis) avec un bus Greyhound rempli d’Afro-Américains (les gens plus aisés utilisant soit leur voiture personnelle soit l’avion), et qui, une fois arrivé, a perçu la ligne imaginaire qui divise le Nord riche et sa diversité ethnique du Sud pauvre et peuplé massivement de noirs, a compris que ce capitalisme glorieux et resplendissant que visitent les citoyens d’Europe de l’Est n’existe pas. En va-t-il autrement à New York, Paris, Bruxelles, Berlin, Amsterdam, Budapest ou Ljubljana ? Non, au-delà de toutes les différences locales (langues, cuisines, coutumes diverses), le capitalisme produit partout les mêmes avantages et les mêmes désavantages avec pour résultat que certains détiennent beaucoup d’avantages en fonction de leur pouvoir d’achat, tandis que d’autres, selon les mêmes critères, doivent se contenter banalement des désavantages. Les idéologues néo-conservateurs ou nos anticommunistes de services (les deux se superposant en Roumanie) nous affirment que c’est naturel. Ah bon ! Est-ce naturel, comme ils l’affirment, que les uns puissent manger à leur faim et d’autres non ? Est-ce naturel que certains mangent une nourriture saine et d’autres non ? Est-ce naturel que certains aient un toit tandis que d’autres sont obligés de dormir dans la rue ? Est-ce naturel que certains exhibent richesse et luxe, tandis que d’autres achètent quelques hardes de seconde main dans la boutique du coin de la rue ? Est-ce normal que les vêtements (et d’autres biens de consommations nécessaires à la vie de tous les jours) deviennent de plus en plus médiocres pour cause de profit accéléré : en effet, la mauvaise qualité demande à être changée plus rapidement. Est-ce normal que la pollution que nous engendrons transforme le monde en un lieu invivable pour les futures générations ? Est-ce normal que la majorité de ceux qui ont travaillé dur toute une vie pour survivre soient récompensés avec des retraites qui suffisent à peine pour acheter une fois par mois leur nourriture chez l’épicier ou au supermarché ? Est-ce normal que tout cela ne soit pas pris en compte par nos savants et nos experts en politologie ? Est-il naturel que les choses les plus élémentaires qui assurent le simple fonctionnement de l’organisme d’une personne, le confort physiologique et psychologique minimaux, deviennent le seul but de la vie des hommes ? Est-il naturel que les hommes tremblent, ayant continuellement peur du lendemain, des factures, des dettes, de la pauvreté ? Est-il naturel que la corruption existe ? Est-il naturel que certains meurent incapables de payer le prix des prestations médicales ? Est-il naturel que certains soient maintenus dans l’ignorance parce que leurs parents ne peuvent pas payer les frais de leur scolarisation ? Si donc tout cela est naturel, alors tout ce qui existe dans le socio-politique est vraiment naturel ! Et les crimes du régime nommé communiste et le terrorisme révolutionnaire, même le terrorisme « islamique » le sont tout autant !

La vérité c’est que rien n’est pur et simplement naturel, conforme aux lois de la nature, à tout le moins pour ce qui concerne les relations sociales : ni la manière de penser et de régler la pratique des relations sexuelles, ni le rôle traditionnel des femmes, ni le modèle familial traditionnel européen[8], ni l’Église orthodoxe, ni l’anticommunisme, ni la manière de concevoir la couleur blanche ou noire ou jaune de la peau et,  last but not least… ni les rapports de production ne le sont. En effet, pourquoi faut-il que nous travaillions les uns pour les autres au lieu de travailler ensemble, les uns avec les autres ?


Voilà la question fondamentale qui nous est adressée et avec laquelle nous pourrions résumer le communisme. En premier lieu, elle est philosophico-politique et non morale, c’est-à-dire que c’est là une réelle question. Marx non plus n’a pas été un moraliste, sa principale cible n’a pas été de condamner le capitalisme, mais de le comprendre et de le combattre. De la même manière, avant de devenir une doctrine, le communisme est un questionnement qui provient d’une réelle frustration dont les traces sont reconnaissables, même profondément dénaturées, lors de n’importe quelle grève déclenchée dans le monde. Que cette question se soit manifestée dans des textes comme Le Manifeste du Parti communiste ou Le Capital demeure contingent. Qu’à partir de là on a extrait quelque chose nommé marxisme, voilà une fois encore quelque chose de contingent. Qu’une version diluée et pâle du marxisme ait servi de base idéologique à des régimes dont les règles de fonctionnement engendrèrent persécutions et exécutions de leurs opposants est aussi quelque chose de contingent. Que par ailleurs il n’exista jamais un « consensus communiste » parmi les fractions de gauche de l’intelligentsia et que la tradition communiste se manifesta selon de très nombreuses versions radicales ou réformistes, démocratiques ou antidémocratiques, républicaines ou anarchistes, conseillistes, eurocommuniste ou social-démocrate, etc., c’est encore une autre chose. Que bien souvent ce furent les communistes les plus convaincus qui élevèrent les critiques les plus dures et les plus lucides à l’encontre du « socialisme réel tel qu’il existait », voilà encore un fait. De là à tirer la conclusion que n’importe quel communisme serait totalitaire de toute l’éternité, voilà une belle ânerie qui permet, selon les règles d’or des rituels actuels du monde universitaire la falsification de tous les faits !

 

Pourquoi le « socialisme réel » fut ?

 

Malheureusement, tous les faits sont falsifiés dès lors que leur interprétation générale est fausse depuis le début de leur formulation, ignorant, par exemple, les particularités de l’histoire mondiale et intellectuelle de la question du communisme. Cela sert quelque peu la cause des anticommunistes. Mais c’est bien ainsi, chacun mérite pleinement ce qu’il réalise de sa propre main. Et point n’est besoin d’être un adepte de la dictature du prolétariat pour comprendre cela. Ajoutons à cela que la dictature du prolétariat nous a trompés sur son nom, comme aujourd’hui le font nos démocrates. Or si cette dictature n’a existé que pour un laps de temps très court dans sa forme authentiquement révolutionnaire, cela ne doit pas nous aveugler sur sa nature très particulière, au moins en ce qui concerne son principe cardinal et la solution relative de la lutte révolutionnaire en sa phase passagère. Aujourd’hui on reproche à Lénine d’avoir été un criminel. Mais la même accusation ne peut-elle pas être formulée à l’encontre de Bush ou d’un autre leader démocrate qui engage son pays dans une guerre d’agression ? Durant une guerre et plus spécialement dans le cas d’une guerre civile révolutionnaire peut-on éviter la confrontation violente et meurtrière avec l’ennemi ? Nous oublions avec légèreté les persécutions de la période maccarthyste et surtout le rôle militaire des États-Unis pendant la seconde moitié du XXe siècle (l’affaire se poursuivant de nos jours). De plus il n’est pas simplement question des seuls États-Unis, car nous pouvons être fiers de notre Europe retrouvée, maintenant que nous Roumains lui sommes unis n’oublions point les guerres coloniales et la démocratie de Weimar, l’autostrade qui a ouvert la voie au national-socialisme ! Pouvons-nous avoir si courte mémoire ? Comment pouvons-nous oublier que si la Révolution d’Octobre a éprouvé la nécessité de la violence, cela a pour cause la classique raison d’État, laquelle eût dicté la même attitude à n’importe quel autre État partout dans le monde. C’est commettre une grave erreur que de tracer un rapport de causalité entre le communisme comme tel et la violence d’État. La violence tient de l’essence de l’État, attaqué, il répond. Cela le communisme ne le fait pas de manière violente et meurtrière inhérente à lui-même. C’est pourquoi la seule chose que l’on puisse reprocher à Lénine c’est d’avoir mis en place l’État communiste comme n’importe quel autre État moderne. Mais pouvait-il agir autrement sans perdre, pour toujours, ce qu’il avait déjà gagné dans un espace précisément définit comme Union soviétique ? Je ne sais. Cependant il est clair que placé dans le moule de l’État capitaliste moderne, dont les buts ultimes (le développement militaire et économique) ne peuvent être mis en doute, dès lors qu’il décide d’exister – c’est-à-dire, de résister – dans le monde capitaliste, le communisme soviétique qui se développa dans l’ombre de menaces extérieures, devint finalement un régime dictatorial. Selon moi, il n’y a pas d’autres explications politiques convaincantes de cet échec, puisque de moins sérieuses menaces éveillèrent et éveillent toujours, au cœur de nos démocraties les plus avancées, les manifestations essentielles de l’autoritarisme d’État, par exemple, la restriction des droits civiques et des libertés pour faire la « guerre à la terreur », en bref, une autre manière, apparemment plus « démocratique », de décréter l’État d’exception.


Cette hypothèse politique est vérifiée par le versant économique des socialismes réels et existants. Ceux qui auraient des doutes à ce sujet qu’ils s’interrogent pour savoir si au moins une fois un pays nominalement communiste a inventé un « mode de production communiste » où la direction de la production eût été réellement dans les mains du prolétariat à travers l’intermédiaire des conseils de travailleurs ? La vulgate néo-conservatrice se contente de l’expression « économie dirigée » ou « économie commandée » pour qualifier l’économie communiste, sans remarquer que, pour ce qui concerne de manière stricte la structuration de l’économie dans les pays nominalement communistes, nous avons affaire à un capitalisme d’État ? C’est toujours la critique de gauche (Wilhem Liebknecht en 1896) qui nous a offert cet instrument théorique grâce auquel on peut analyser les régimes qui se revendiquent de manière abusive du communisme. Il est bien évident qu’une hypothèse semblable ne sert pas la vulgate néo-conservatrice, depuis que nous suivons les aventures du capitalisme d’État nous pouvons vérifier la vérité du jugement de Marx et d’Engels tirée de L’Idéologie allemande, selon lequel la révolution communiste ne peut être que mondiale. Une fois plongé dans le capitalisme quelque chose du communisme résiste sous la forme que les socialismes existant auparavant prétendaient réaliser jusqu’à la fin des 1980. Cela en dit long de la férocité avec laquelle l’État moderne (fasciste, « communiste », ou démocratique, mais tout d’abord capitaliste) défend son pouvoir sans jamais rien dire du communisme en-soi.

 

Obscurcir la problématique du communisme

 

Qu’en est-il alors de ce Rapport ? Il n’est pas évident que la manière dont il utilise le mot « communisme » soit une véritable simplification. Car son usage n’aide en rien à la clarification des processus historiques où quelque chose de la question communiste s’est incarnée. En effet, ce Rapport dit tout à propos du régime communiste roumain, mais peu sur le fait que cette incarnation du communisme s’est réalisée avec une base populaire quelle qu’elle fût. Que cette réalisation soit issue des frustrations populaires on ne peut plus réelles auprès desquelles la grève de Griviţa en 1933[9] n’est qu’une affaire bien pâlichonne. Pourquoi certains accepteraient-ils ce diagnostic quand ils affirment que le communisme est un tabou et son poteau totem autour duquel les grands prêtres de l’anticommunisme s’organisent pour leur danse rituelle ? Qu’il en soit ainsi, mais qu’ils ne se leurrent point sur notre compte en croyant que nous l’ignorons.


Le « gai savoir » qui nous montre cela nous interdit par ailleurs de prendre au sérieux ce Rapport, parce que si nous le prenions au sérieux, nous nous croirions obligés de prendre quelque position « critique » à son égard, mais aussi de réaffirmer pour nous-mêmes et le plus sincèrement du monde, en suivant le Rapport, le geste d’une condamnation du communisme tout court. Un geste sans aucun doute différent et tout à fait secondaire par rapport à l’événement de « 1989 » quand l’opacité du contexte permettait encore d’abréger provisoirement le régime avec le mot d’ordre « à bas le communisme ». En raison des mouvements de l’histoire et du contexte politique le geste même de condamner le régime communiste devint un acte beaucoup plus que secondaire. De fait, ce geste arrive à être totalement falsifié et ce, dès le début, depuis une position politique précise qui annexa pour son propre compte le sens commun, tant moral que politique, en condamnant le crime et les persécutions. Et ne croyez pas lecteurs que j’ai aimé un tant soit peu Ceauşescu. Mais ce qu’il convient de tenir en réserve c’est l’identification inconditionnelle avec la condamnation secondaire du communisme. Or ce qu’exprime précisément ce Rapport n’est rien d’autre qu’une réduction, qu’une simplification et, comme telle, qu’une contrefaçon idéologique de l’expérience existentielle historico-politique du socialisme ayant réellement existé. Une contrefaçon où le mot communisme est devenu l’explication de base exclusive de la crise roumaine actuelle. D’une perspective de vérité pure et simple, cette opération politique prit place exactement au même niveau où travaillait l’occultation du « socialisme réel ». La transformation du mot « communisme » dans le chiffre de Satan, évite au pouvoir actuel toute responsabilité dans l’état présent de la crise. Aussi le mot « communisme » est-il devenu une réserve inépuisable à laquelle on recourt lorsque le pouvoir actuel ne veut pas reconnaître sa responsabilité devant ce qui advient. Ou, par hasard, le mot « communisme » ne serait-il pas le seul adjectif qui décrit dans la Roumanie d’aujourd’hui tout ce qui est négatif en politique ? La « pensée communiste », les « habitudes communistes », la « mentalité communiste » semblent fonctionner comme l’explication fondamentale de la crise sociale, y compris chez ceux qui veulent paraître progressistes. Qui ne se sent pas libre d’utiliser cet adjectif pour critiquer un adversaire politique ? Combien n’ont-ils pas reproché au Rapport d’imiter le « style communiste », oubliant d’expliquer ce qu’ils entendent par là ? Et si vraiment nous voulions commencer par parler du contenu, ce qui veut dire non pas la lettre du Rapport en soi dérisoire, mais les événements politico-historiques concrets qui sont bien plus vastes, plus précis et graves que le contenu des textes du Rapport. Car, la plupart de ces textes définissent ceux qui les critiquent comme des commis ; ce qui, dans leur vocabulaire, signifie tout bonnement que nous sommes des supporters secrets du régime communiste. Plus insidieux encore sont ceux qui nous forceraient à admettre qu’actuellement les choses vont « encore » mieux. Mais nous ne ferons pas cela. Il n’y a pas lieu de les aider, car il n’est pas vrai que les relatifs avantages et désavantages du présent puissent justifier en quoi que ce soit le « mieux », une comparaison que l’idéologie dominante transforme immédiatement en une différence absolue pour nous forcer à faire des concessions. Ainsi seraient-ils capables de nous dire : « vous voyez, nous vous l’avions dit, c’est encore mieux aujourd’hui. Oubliez donc le communisme ! »


Comment pourrions-nous être si assurés que c’est là l’idéologie dominante au travail ? La réponse est claire : en étant conscients des diverses significations du mot « communisme », en confrontant toutes les tensions sémantiques et politiques que recouvre ce mot afin de voir si elles ne coïncident pas avec les sens que lui attribue le néo-conservatisme, afin de voir s’il y a simplement un nominalisme démocratique employé pour une description, de fait bien plus un exorcisme de la question du communisme. En d’autres mots, en prenant en compte quelque chose que l’on peut décrire de manière spéculative comme le « reste du communisme » : pas seulement ce que nous gardons en mémoire lorsque l’on fait une division, mais, plus précisément, quelque chose d’essentiellement irréductible élaboré par l’anticommunisme pro-capitaliste.


À l’évidence cette démarche ne signifie pas que ce qui reste du communisme définirait la pureté sublime d’une « idéologie communiste » qui est toujours détournée par la pratique du « socialisme/communisme réel (sic !) ». De fait, ce qui reste après les régimes nominalement socialistes tient de quelque chose de différent de la positivité d’une idéologie qui pourrait être réappropriée ou répétée. C’est même l’inverse ! Ce qui persiste comme reste, c’est juste une exigence, une rigueur, le « principe d’organisation et de détermination » d’une liste de tâches politico-théoriques à accomplir dans notre présent. La première, et pour notre aujourd’hui la plus importante d’entre elles, doit nous conduire à échapper à tous les faux débats avec les Diafoirus de la culture dont le Rapport constitue en parfaite illustration. Le reste du communisme est donc plutôt une certaine insistance, quelque chose qui en son essence ne peut être approprié ou possédé, mais activé par la pensée et l’action selon divers cheminements ; en effet, ces pensées et ces pratiques disloquent et déplacent l’« idéologie », surtout quand on met en œuvre la tradition de pensée d’où elle provient. Et cette pratique veut souhaiter travailler la tradition en tant que pensée – non seulement ce que l’on peut penser de la tradition, mais en premier lieu la tradition marxiste comme pensée et non comme une « idéologie » dans le sens où l’entend le néo-conservatisme, comme la mise en pratique d’une idéologie. Et si l’on suit la pensée originaire de Marx, celle où il formule que la réalité matérielle (infrastructure) détermine l’idéologie comme superstructure de la société et non l’inverse, alors, l’idéologie ne s’appliquerait pas à la réalité, mais elle en proviendrait en se plaçant de telle manière qu’elle la dissimulerait. Voilà pourquoi même les discours pleins de sens commun de la gauche (« idéologie », « lutte de classe », « prolétariat », etc.), peuvent réellement devenir, dans les mains du pouvoir d’État, un mensonge, – en ce que le sens vulgaire attribué à l’idéologie par les définitions des néo-conservateurs, y est seulement délivré de ses prétentions moralistes et scientifiques creuses. Cela fonctionne comme la démocratie contemporaine, tout à la fois un mensonge et une idéologie dans le sens marxiste du terme, ce qui ne signifie pas l’application d’une idéologie à la réalité, mais la légitimation perpétuelle d’un statu quo. Ceci ne doit pas nous entraîner à oublier que, à ces débuts, pendant la Révolution française, la démocratie avait une tout autre signification. Laquelle ? En essence elle avait beaucoup à voir avec celle du communisme (lorsqu’il était loin d’être un mensonge) : la démocratie se présentait comme la lutte contre l’oppression. La même signification était sienne pendant les événements de 1989 quand son nom apparaissait sur les pancartes des manifestants, et, à condition de ne pas nous voiler la face, quand il disparut lors des premières « élections libres » tenues en Roumanie.


Ainsi que je m’essaie à le décrire dans ces pages, il n’en demeure pas moins vrai que le reste du communisme se présente plutôt comme un besoin et moins comme la substantialité d’un projet de société. Le besoin de lutter contre l’oppression ne demande plus à être justifié, car j’ai tiré au moins cela des leçons du socialisme « réel ». Aussi, lorsque l’oppression tient bien peu de quelque tyran dont l’exécution publique a réintroduit l’ordre « naturel de la démocratie » (chose qui n’a jamais existé), le premier devoir du citoyen est-il de comprendre la nature de l’oppression. Aujourd’hui, ignorer l’adjointement entre oppression et capitalisme manifeste la preuve d’une inculture toute simple. Or cette inculture, toute simple, est devenue la lettre de la loi de notre temps dans les écoles, les lycées, les universités, dans les revues culturelles et les mass media. Voilà la raison qui nous pousse à nous obstiner avec opiniâtreté à l’encontre de ce prêt-à-penser dès lors qu’il est question du communisme. Quoiqu’en son essence il ne s’agisse point d’entêtement opiniâtre, mais d’un besoin de précision élémentaire en rapport avec ces choses. Il n’existe pas d’autre manière de délimiter le capitalisme dans la réalité moderne d’avec une « économie politique » entièrement nouvelle, car celle-ci n’est pas une réalité parmi d’autres réalités, mais une dimension au cœur de laquelle s’est implanté ce qui est destinal dans l’histoire moderne du monde. Toutefois la critique de l’économie politique ne serait-elle pas précisément l’« idéologie communiste » qui a manqué à sa mise en pratique ? Les naïfs qui se laissent encore berner avec un tel discours devront nous dire ensuite avec précision quelles parties du Capital de Marx peuvent être recoupées parfois avec tout ce qui est génériquement « applicable » ou « faisable ». Alors, de toutes parts entendrons-nous : « C’est donc une utopie ! ». Seulement une analyse n’est pas une utopie, parce qu’elle ne produit pas un modèle d’organisation sociale, mais extrait les principes de l’organisation sociale quotidienne réelle. « Qu’est-ce alors ? » La réponse est là : rien d’autre que le questionnement précis qui, parce qu’il est inclassable quand on use de la notion banale d’« idéologie » et/ou d’« utopie », apparaît comme le reste irréductible une fois achevée la critique démocratico-néo-conservatrice du communisme. Comment peut-on le savoir, car le Capital n’est pas le seul reste de ce type ? La lutte contre l’oppression commence aujourd’hui par une véritable relecture des textes de la tradition. Et bien évidemment sans nous y arrêter, même si une telle tâche est déjà considérable en ces temps de barbarie diplômée qui rédige des rapports d’experts, met en place des programmes de recherche et de financement, établit les thèmes « aujourd’hui pertinents » et, last but least, accorde diplômes, prix divers, en bref, flatte l’échine des valets.

 

Que faire aujourd'hui ?

 

Pour reprendre une sempiternelle question qui doit être sans cesse remise sur l’établi : que faire aujourd’hui ?

Or, aujourd’hui est en premier lieu le nom de l’échec de la gauche, celui d’une certaine espérance de gauche ; mais, peut-être plus précisément, l’échec d’une espérance où l’on affirmait que l’on eût pu transformer le monde sans que le changement soit démesuré.


La défaite de la gauche (essentiellement européenne et anglo-saxonne) sur la scène politique capitaliste (de fait, la scène générale du monde) est due au fait qu’elle ne s’est jamais politiquement haussée à la hauteur du questionnement politique qui se place au plan de la mondialité du Capital. De fait, ceci signifie autre chose que l’extension planétaire d’une forme de production, voire même autre chose que ce qui se nomme simplement l’« impérialisme ». Ici, il est plus clairement question du fait que l’administrateur unique du droit à l’existence de n’importe quoi (et comme tel, de n’importe quel futur possiblement admis) dans le monde mondialisé, n’est rien moins que la forme-capital : tout doit s’y adapter et s’y adapte, sinon disparaît. C’est pourquoi dans le cadre de la forme-capital les récents essais de l’altermondialisme ou l’expérience du « socialisme réel et existant » sont une seule et même chose. Grâce à eux se révèle, avec une évidence aveuglante, la tendance de la gauche de céder pas à pas sous la pression d’un pragmatisme mal pensé, devant les impératifs du monde qui demandent à être changé : à céder devant l’illusion que le but de la gauche serait le « succès politique » sur la scène de la démocratie représentative, et non le bouleversement total de cette même scène. En ce sens, le destin contemporain de la gauche et la chute du « socialisme réel et existant » ne font que confirmer la vérité communiste : nous n’échapperons point à la domination mondialisée du Capital en acceptant de jouer le rôle de n’importe quel parti politique, ou en limitant la révolution aux frontières d’un seul État entendu de manière classique ? La « crédibilité » évanouie de la gauche est due justement à son manque de conséquence et de radicalité politique, laquelle n’a jamais signifié autre chose que la violence. L’électorat est gavé de discours de gauche qui dissimulent une politique plus ou moins néolibérale et il a eu raison de la rejeter. La réalité du parti communiste qui a souci du sort des travailleurs et invente des institutions autonomes pour améliorer la solidarité entre travailleurs (fond de pensions, collectif de grève, bibliothèque, séminaire, instituts de recherche, etc.), s’est perdue dans les brouillards de l’histoire ou s’est égarée dans l’atmosphère de carnaval caractéristiques des campagnes électorales. Les forces qui aujourd’hui se déclarent de gauche espèrent malgré tout revenir un jour au pouvoir sans reconstruire le Parti communiste en tant que structure internationale où se débattront sérieusement la question du communisme et l’histoire de l’échec de la gauche.


Quand on avance le nom du Parti communiste, planifions-nous vraiment un nouveau totalitarisme ? Loin d’être la figure emblématique du totalitarisme, le Parti communiste international est la seule forme d’organisation qui pourrait unifier les forces de gauche et augmenter leur « impact politique », mais dans aucun des sens usuels propres à cette expression qui n’a été que la prise du pouvoir d’État et le maintien des vieilles conditions d’existence sociale ; ou, comme ce fut le cas pendant le « socialisme réel et existant », en imposant simplement « différentes » conditions, en « apparence » nouvelles et « inouïes », mais en réalité identiques aux institutions de l’État capitaliste. Un tel « impact politique » est en définitive le revers nécessaire afin d’éviter la confusion du communisme avec une « utopie » (au sens banal du terme), avec la positivité à portée de main d’un modèle ou d’un schéma d’organisation sociale. Ils sont peu nombreux d’une part ceux qui veulent se souvenir que Marx a été le premier à condamner le socialisme utopique, tandis que, d’autre part, celui qui a tenté de combattre le communisme réel et existant sur la base des énoncés programmatiques de Marx et de Engels (ceux du Manifeste communiste par exemple) oublie le moment et la possibilité historique précis de leur formulation. Si nous tenons compte de tout cela nous nous rappellerons peut-être que l’antagonisme de classe se redéfinit à la fois avec la dynamique de l’histoire et comme dynamique de l’histoire. Ce qui veut dire en substance : le communisme n’est pas donné en tant que schéma de réorganisation sociale, car sa première exigence, le décryptage cohérent des conflits sociaux et la lutte contre l’oppression, doit être retrouvé à chaque fois en fonction des caractéristiques propres à chaque front historique de la lutte de classe.


Le Parti doit donc devenir une structure pour laquelle il n’existe pas à proprement parler un nom ou un modèle ; en d’autres mots, horribile dictu, un parti spéculatif. Ce que l’on peut dire sur son compte c’est qu’il conviendrait qu’il soit mondialisé, « international » si l’on préfère, mais en repensant cette terminologie. De manière semblable, il doit être impliqué dans la production et la diffusion de connaissances de haut niveau qui permettent d’analyser, d’éviter et de dénoncer les liaisons dangereuses et les protocoles sociaux qui font présentement de chaque science la servante des gestionnaires du capital-monde. Aussi est-il crucial qu’un versant d’enseignement du Parti double l’enseignement habituel, privé ou public. Pour que cet aspect d’enseignement soit efficace encore faut-il l’inventer en accord avec l’unique impératif nécessaire pour transformer notre monde ; à l’évidence, il ne s’agit pas d’une destruction immédiate, mais de favoriser la dépopulation, l’exode, de toucher les lieux où simultanément le politique, le social et la culture assurent la reproduction du monde actuel. Dans ce sens la figure de la transformation du monde n’est point la révolution, si nous entendons par révolution la prise du pouvoir d’État, mais la grève générale mondiale. Sans projeter cette grève générale mondiale comme simple réalité, mais en prenant en compte son impossibilité réelle, elle sera le révélateur de tout ce qui s’oppose présentement au prolétariat. Voilà la source de toutes les pratiques, tout autant que la structuration des ensembles de pratiques que le « Parti » doit mettre en mouvement. En premier lieu, le « Parti » doit cesser de croire que sa tache est à portée de main, facile et qu’elle peut être accomplie avec des moyens relativement simples tels que la propagande, l’agitation, les campagnes électorales, les manifestations ou le terrorisme ; le « Parti » doit inventer des formes nouvelles de sa présence politique, autres que celles habituelles, les divers types de coopératives de production ou de communautés utopiques. La stratégie de l’enclave socialiste compacte dans un monde capitaliste est peut-être la première qu’il conviendrait d’abandonner après l’échec du socialisme réel et existant. Avant de commencer quoi que ce soit, le « Parti » doit éviter d’adapter ses tâches au niveau de compréhension appauvrie auquel l’éducation capitalisme réduit les masses. Le « Parti » doit d’abord et avant tout élever les masses – première difficulté à surmonter et premier combat à mener – au niveau de compréhension nécessaire afin de juger ce qu’est le capitalisme. C’est seulement avec cette manière d’aborder le capitalisme avec d’autres peuples que nous pouvons espérer réellement voir un jour ce qui pourrait être sauvé du principe de la démocratie afin de commencer à inventer les pratiques et les institutions visant à la transformation du monde. Quoi qu’il en soit, les chances que ces pratiques puissent naître d’ici dans un futur relativement proche sont plus fortes que si elles devaient jaillir d’un nouvel obscurantisme qui a abandonné toute idée d’émancipation. Cela ne signifie pas qu’un prolétariat éclairé pourra mener à bien la révolution sans luttes de chaque instant, ni que l’enseignement changera du jour au lendemain l’image du monde. À chaque moment, le « Parti » devra donc être prêt à la lutte et la menace en sera l’arbitre de chaque instant.


Si l’on veut que la gauche devienne à nouveau une véritable force politique dans un sens différent de celui qui est le sien dans la démocratie représentative, il faudra qu’à un moment, elle renonce à l’arène politique dans ses formes actuelles, sans pour autant diminuer la force du nombre. La gauche devrait encore devenir une force première d’opposition, extraparlementaire même, et ce avec d’autant plus intransigeance qu’il lui faudra refuser, dès le début, de participer à la définition contemporaine et politicienne du parti politique. C’est pourquoi elle doit aussi repousser l’administration des politiques néo-conservatrices, néolibérales (autres noms pour le capitalisme), et se distancer ainsi de la politique-spectacle, au sens où l’avait défini Guy Debord, afin de constituer, à l’intérieur, mais déjà en dehors de l’édifice social, un mode-à-être-politique alternatif qui démente dans une suite de pratiques sociales coordonnées l’identification calomnieuse du communisme au totalitarisme.


Comment se montreraient-elles les mesures qui pourraient reconduire les partis nominalement de gauche aux principes du questionnement communiste ? La stratégie des partis de « gauche » ne peut être qu’une, et une seule : celle d’avoir le courage d’être de gauche, c’est-à-dire anticapitaliste ! Ce qui veut dire qu’il leur faut échapper à tous les gavages idéologiques de la droite, du centre, de la social-démocratie et à leur corruption ; constituer des conseils de travailleurs, des clubs et des séminaires où le prolétariat pourrait avoir accès à de véritables connaissances et non à diverses formes de lavages de cerveau ; créer des institutions d’aide réciproque, des fonds de pensions, de grève, d’intervention « culturelle » ; promouvoir aussi le travail volontaire afin d’alléger la dépendance du prolétariat à l’égard du marché mondial ; publier des revues et des journaux locaux, nationaux et internationaux, posséder des postes de radio et pourquoi pas des studios de télévision, ainsi que des clubs de cinéma. Autant d’institutions qui échapperaient ainsi à la domination commerciale des publications, des présentations de films et des reportages ; une collaboration active avec les syndicats ; et, travail peut-être le plus difficile, harmoniser l’action en coordination avec la décentralisation des organes de direction ; enfin, renforcer les alliances internationales et donc se comporter effectivement comme une filiale d’un mouvement communiste international en évitant le marasme de la gauche contemporaine et l’autoritarisme (« de guerre ») de la vieille gauche, et des dictatures qui en furent issues. Au fond, ici se concentre tout ce qu’il faut retrouver et recréer si nous nous accordons sur le fait qu’en majeure partie le problème avait été résolu par la tradition communiste conseilliste, avec l’idée de construire des conseils de travailleurs (d’escalier, d’immeuble, de rue, de quartier, de ville, de région, du pays, du continent, etc.), grâce auxquels, au bout du compte, la politique se trouvera dans les mains de ses sujets réels.

Mais croyez que nous ne nous imaginons pas, un seul instant, que tout cela pourrait s’obtenir un jour sans combat.

 

Post-scriptum : à propos du post-communisme

 

Cet écrit qui s’est voulu clairement un écrit de combat, est republié ici avec quelques changements minimes par rapport à sa première version roumaine publiée dans la revue IDEA arts  la revue IDEA arts + society (N° 29, 2008, Cluj-Napoca, Roumanie). Si je n’ai pas souhaité modérer sa rhétorique polémique et militante dans un contexte où l’emphase nous conduit vers une reconstruction plutôt académique des sources du post-communisme roumain, c’est parce que je suis convaincu que ces sources ne peuvent pas être pleinement déchiffrées sans un fort sentiment de révolte qui habite n’importe quel travailleur-citoyen confronté quotidiennement à la société, à son état social, économique, politique et scientifique.

Ce qu’il convient encore d’ajouter c’est que l’auteur de ces lignes ne donne aucun crédit à l’usage académique du mot « post-communisme », pour la simple raison que rien n’aurait pu advenir après le communisme si le communisme n’avait pas existé. L’affirmation contraire que le communisme exista vraiment appartient, comme j’ai tenté tout au long de ce texte de le démontrer, à une connivence politique simpliste. En opposition avec d’autres projets majeurs de la modernité (libéralisme, néolibéralisme, conservatisme, national-socialisme, fascisme, etc.), le communisme – pour autant qu’il signifie l’émancipation de la production, et précisément l’abolition de la séparation radicale entre les travailleurs et leurs moyens de production – n’a jamais été mis à l’épreuve de la praxis. Notre monde est encore pleinement dans l’ère du pré-communisme, dans l’époque qui précède la libération du travail.

 

Annexe :

Le Rapport a pour titre officiel : Commission présidentielle pour l’analyse de la dictature communiste en Roumanie. Rapport final, publié à Bucarest en 2006

 

Ce rapport est donc une commande du président roumain, Tràian Basescu… mais le véritable maître d’œuvre, l’orchestrateur a été l’ineffable Vladimir Tismàneanu… Présentement professeur de sciences politiques à l’université du Maryland… mais surtout élevé dans sa jeunesse et son premier âge d’homme dans le sérail des hauts dignitaires communistes à la belle époque stalinienne… Il connaît donc les manières de faire des rapprochements, des collages, des raccourcis, etc. Il a été secondé par une série de membres roumains  qu'il a cooptés dont aucun ne s’est signalé comme de grand dissident à l’époque communiste en Roumanie, sauf l’historien de Iasi, Alexandru Zub. Il y a quelques émigrés connus pour leur anticommunisme aveugle. Et enfin quelques chercheurs étrangers, spécialistes de la Roumanie, « apolitiques », compagnons de route naïfs ou arrivistes qui sont là pour le décorum. Le groupe des experts est donc un rassemblement d’anticommunistes qui, avant 1989, n’apparaissaient pas, à notre connaissance, parmi les contestataires visibles du pouvoir communiste… Ils sont comme certains de nos « résistants français », les héros de la première heure après la chute. Et parmi ces « experts », il y en a certains qui ont fait des carrières de petits intellectuels banals pendant les dernières années du régime de Ceausescu…


Voici quelques extraits du Rapport, de fait de son introduction, car les considérations des chapitres qui la suivent sont une suite de lieux communs déjà écrits et publiés des milliers de fois (voir les stupidités rassemblées dans Le Livre noir du communisme, de Stéphane Courtois), autant de banalités sur le système vu par le plus petit bout de la lorgnette…


Outre les citations du texte lui-même, voici en premier lieu quelques phrases qui donnent la totalité de l’hypothèse de travail :

1) « Au plan général, plus de cent millions d’hommes ont été les victimes de ce système. Et il s’agit là de chiffres minimaux. En Union soviétique, au moins vingt millions d’hommes ont péri pendant la sinistre expérience bolchevique. Le Livre noir du communisme offre une preuve renversante concernant le désastre de civilisation dû à la dictature communiste : on a perdu ainsi la notion d’humanité au travers de ce que l’historien français Alain Besançon a nommé la falsification du Bien. Dans aucun autre pays d’Europe centrale et de l’Est, avec peut-être pour exception l’Albanie, mais pas même durant les dernière années du communisme dans ce dernier pays, le système staliniste n’a eu une semblable longévité et intensité comme en Roumanie. »

 

NDLR : Lorsqu'on analyse les dernières années du communisme roumain, on constate qu'elles sont marquées par des restrictions alimentaires sévères, mais pas du tout sur le plan de la culture, des publications, des expositions d’art, et surtout elles sont remarquées par le soutien de certaines couches de l'intelligentsia à la politique hypernationaliste du régime, en particulier à son antimagyarisme.


Par ailleurs, les auteurs prennent pour parapluie protecteur le troisième tome des Origines du totalitarisme de H. Arendt, dont les parties consacrées au système communiste sont particulièrement mauvaises, très mal informées, car elle s'appuie a priori sur le concept kantien de la Raison qui n’a rien à voir avec une étude de la complexité des sociétés dites communistes, complexité sociale, économique et historique. Enfin, notons que dans les prémisses du Rapport, qui sont de fait une axiomatique, rien n’est dit des ravages de la Première Guerre mondiale, lesquels, à la fois marquent la crise civilisationnelle et politique de l’Europe au début du XXe siècle, la fin de l’ère des accords de Vienne de 1814-1815, la montée en puissance industrielle de l’Allemagne, des nationalismes exacerbés, la volonté d’en finir avec l’empire ottoman et austro-hongrois, l’ouverture de nouveaux marchés et, à la fin, sont autant de signes d’une nouvelle forme de guerre, celle des « orages d’aciers », de la guerre comme machinerie purement industrielle, et donc de la « mobilisation totale » (pour reprendre les citations d'Ernst Jünger). Cette axiomatique finit en fin de compte, ce qui est classique dans ce genre de littérature, anticommuniste, par considérer la Première Guerre mondiale comme une espèce de promenade  de santé ayant fini par créer des États-nations, ...mais sur combien de cimetières ? De fait, au-delà d'une littérature anticommuniste banale, on a affaire en filigrane, dans le non-dit des effets de la Première Guerre mondiale sur les peuples, à une approbation des masses de morts pour leur État-nation croupion, impuissant, mais capable de mettre à mort les masses humaines. Sont oubliés, et pour cause, encore le choix roumain de se battre pendant la Seconde Guerre mondiale auprès du IIIe Reich, les massacres de populations dans le pays, celui des Juifs en Moldavie, et plus à l’Est, celui des Russes, des Juifs, des Tsiganes…

 

2) Autre exemple d'une rhétorique quasi « jésuitique » de ce Rapport :

« À la différence des autres États soviétiques, la Roumanie n’a pas traversé une période de véritable déstalinisation. Les intellectuels roumains n’ont pas dirigé de mouvement similaire à la Révolution hongroise ou au Printemps de Prague. Cette situation ne doit pas être jugée de manière absolue en ignorant les faits concrets du moment historique (NDLR: allusion obligatoire permettant d'excuser les intellectuels présents pour leur absence de « visibilité » passée dans l'anticommunisme). Le Parti communiste roumain a su maintenir une forme de contrôle et de contrainte qui a suffoqué in nuce la possibilité de tentatives semblables. (NDLR : Rien n'est dit que parmi les membres de la commission on retrouve des anciens membres de ce parti) »

 

3) Parmi les buts de l’instauration du régime communiste on peut lire cela :

« la liquidation de la monarchie constitutionnelle (NDLR: « monarchie constitutionnelle », que d'autres auraient plutôt appelé une monarchie dictatoriale d’opérette, d'autant plus que le Roi, entre 1940 et août 1944, avait occupé la fonction d'exécutant du pouvoir pro-nazi roumain), la liquidation de l’État de droit (NDLR : déjà liquidé par l’extrême droite depuis 1940), imposition de la dictature du prolétariat (NDLR: auparavant, on avait une dictature des grands propriétaires fonciers et des grands industriels), de fait une dictature d’une caste parasite (nomenklature) (NDLR : Au début du pouvoir communiste, la majorité des dirigeants appartenait aux classes moyennes, beaucoup de Juifs roumains, de Juifs hongrois de Transylvanie, quelques grands bourgeois roumains ou d’origine allemande et quelques prolétaires dont les deux futurs chefs du Parti et de l’État, Dej et Ceausescu, le premier avait été cheminot, le second cordonnier…), qui exerçait le pouvoir par l’usage le plus brutal de méthodes terroristes directes ou indirectes, punitives ou prophylactiques, tandis que la justice avait pour but de camoufler et de justifier les crimes commis par l’État totalitaire. »

« L’attaque systématique contre la propriété privée (NDLR : mais la dictature royalo-fasciste avait déjà attaqué la propriété privée des juifs et des communistes) et la destruction de la paysannerie par la collectivisation forcée (NDLR : les rédacteurs semblent avoir oublié la politique des enclosures ou l’usage du crédit pour détruire la paysannerie dans les pays occidentaux devenus libéraux. On oublie de rappeler que le capitalisme a tué bien plus vite la paysannerie traditionnelle que, de manière paradoxale et encore mal élucidée, ne l’avait fait la collectivisation et la répression stalinienne),  à travers une « nouvelle révolution agraire » lancée en 1981 (NDLR : ce n’était pas une révolution agraire, c’était un développement plus rationnel, une application des méthodes industrielles à l'agriculture, avec les limites et les dysfonctions de toutes les rationalités réalisées bureaucratiquement), et au travers de l’expérience de la systématisation de l’urbanisation rurale. »

 

Constatons dans le  Rapport l'interprétation biaisée d'un certain nombre de faits avérés, et surtout, pour ce qui s’est passé entre août 1944 et 1948, l’oubli de l’enjeu planétaire de la guerre et du fait que le retournement d’août 1944 n’avait jamais changé ni la vision des alliés sur les élites politiques roumaines (massivement fascistoïdes, sauf les communistes, les socialistes et quelques libéraux). Le but d’un tel rapport, en dehors de travailler comme l’analyse parfaitement Polgar, pour occulter "le reste du communisme", travaille objectivement dans le but de masquer l’histoire contemporaine de la lutte de classe de la Roumanie, la misère d’un tiers-monde d’analphabètes paupérisés d’avant la guerre, l’engagement aux côté du Reich contre l’URSS, la féroce répression communiste intérieure, une fois encore c’est une nouvelle version qui voudrait faire accroire à l’innocence des élites roumaines, du peuple roumain.

 

4) « Pour le dire simplement, pendant quarante-cinq ans, l’État roumain a été confisqué par un groupe politique étranger aux intérêts et aux aspirations du peuple roumain. » NDLR : Mais d’où viennent les anciennes-nouvelles élites du postcommunisme si ce n’est des rangs élevés du Parti communiste roumain ? Preuve s’il en fallait que le PCR a su fabriquer une élite sociologique ayant su s’adapter au nouveau cours capitaliste de l’histoire du présent.




[1]      Je souhaiterais exprimer ma gratitude à Kieran Aarons. Sa lecture attentive de la version anglaise de ce texte, ses commentaires subtils et les solutions perspicaces qu’il me suggéra ont très grandement amélioré cette traduction. Les fautes qui demeurent incombent à ma seule responsabilité.

[2]        N.D.L.R. Extrait de ce Rapport à voir en annexe de cet article.

[3]        NDLR. Et que le drapeau « européen », douze étoiles sur fond bleu, est celui de l'Immaculée conception de la Vierge Marie !

[4]      C’est le nom exact du mouvement mis en place par Corneliu Zelea Codreanu, autrement connu sous le nom de Garde de fer. Si les thèmes sociaux du mouvement se réfèrent au socialisme fasciste et si sa politique reprend un antisémitisme et une xénophobie radicaux, en revanche, ce qui différencie la Garde de Fer des mouvements fascistes d’Europe occidentale et de Hongrie (les Croix fléchées) c’est son ancrage total dans la référence à la chrétienté orthodoxe. Sous cet aspect, la Garde de fer ressemble bien plus au franquisme qu’au fascisme italien ou au nazisme allemand. (N.d.T)

[5]      Front de Salut National, groupe de personnalités pour l’essentiel venues des rangs du Parti communiste roumain (du deuxième cercle), dirigé publiquement par Ion Iliescu premier président de la République postcommuniste. (N.d.T)

[6]      Région située au Nord de la Roumanie, à la frontière orientale de la Hongrie dont l’auteur est originaire. (N.d.T)

[7]      Région située au Nord-Est de la Roumanie ayant une frontière commune avec ce qui est communément nommé l’Ukraine subcarpatique. (N.d.T)

[8]      Voir à ce propos la multiplicité des systèmes de parenté, des divers statuts accordés à l’homosexualité et des multiples formes familiales dans les diverses sociétés humaines tels que, de longue date, nous l’a enseignée l’anthropologie sociale. (N.d.T)

[9]      Le 16 février 1933 eut lieu la célébrissime grève des ateliers de réparation des chemins de fer roumains situé dans la commune de Griviţa voisine de Bucarest, pour protester contre une aggravation des conditions de travail. Organisée par Gheorghiu-Dej membre du parti communiste clandestin, elle fut son tremplin politique. Condamné à 12 années de prison, il fut libéré du camp de concentration de Tîrgu-Jiu le 24 août 1944 après le coup d’État qui renversa le leader pro-fasciste, le Maréchal Antonescu. Il accéda très vite au poste de secrétaire général du Parti communiste roumain, puis à celui Premier ministre et enfin à celui de Président du conseil d’État jusqu’à sa mort au mois de mars 1965 à 64 ans. (N.d.T)


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*      Alexandre Polgár est né en 1976 en Roumanie dans le département de Satu-Mare. Il a fait des études de philosophie (licence et master) à l’Université Babes-Bolyai de Cluj, puis un master à la Central European University (Budapest). Présentement il est chercheur en philosophie, rédacteur et traducteur. Il travailla pendant un court laps de temps (2000-2004) en tant que chargé de séminaires de philosophie politique à l’Université Babes-Bolyai (Cluj). Il est membre fondateur de la revue et de la maison d’édition du même nom IDEA arts+society (Cluj), un projet politico-culturel au sein duquel il tente de renouveler la perspective socialiste dans l’interprétation des arts et des sciences sociales. Il écrit et traduit essentiellement des essais théoriques traitant de l’élucidation des conditions socioculturelles engendrées par le capitalisme. Actuellement, il rédige une thèse portant sur la pensée politique du philosophe français Gérard Granel.


Cet essai a été traduit par Claude Karnoouh à la fois de l’original roumain et d’une version anglaise rédigée par l’auteur. Les intertitres sont le fait de la rédaction. (N.d.T).
Chapitre de l’ouvrage collectif Genealogies of postcommunism (sous la direction d’Adrian T. Sîrbu et Alexandru Polgár) publiéen roumain et en anglais, Idea. Design & Print,Cluj, 2009.

On peut aussi ajouter que cette petite maison d’édition
dans un environnement éditorial très conformistefait un travail de publications critiques remarquable pour
 le développement de la langue roumaine dans le champ de la philosophique moderne: on y a traduit Jacques Derrida, Gérard Granel, Michel Foucault,Boris Groys,
 Remo Guidieri, Alain Badiou, Walter Benjamin, Jean Baudrillard, Jean-Luc Nancy, Peter Sloterdij
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